jeudi 5 janvier 2012

Street Food

Dans le marasme de l'édition culinaire, on peut encore se féliciter de voir certains ouvrages poindre le bout de leur nez. Une pointe d'originalité en forme d'épouvantails pour ces ribambelles de livre co-écrits par les chefs "en vogue" à propos de leur produit favori, de leur bistrot préféré ou d'eux mêmes... en toute simplicité. 

Jean François Mallet combine dans son ouvrage Take Away, un recueil de photos et une série de recettes de 'street food'. Pari réussi pour un très beau livre qui compte 384 pages et 120 recettes. Jean François redonne ses lettres de noblesse à un type de cuisine que l'on peut avoir tendance à juger péjorativement en France. La 'street food' ne doit pas être confondu avec la 'junk food', qui elle caractérise plus un acte - conscient ou inconscient - du mangeur d'incorporer de façon sporadique des doses alimentaires trop fortes au détriment de son équilibre. La 'street food' est plutôt le reflet d'une société, le reflet d'une manière de manger dans un espace public donné avec les contraintes matérielles que cela suppose. Moins conventionnel que le restaurant tel que nous avons l'habitude de le définir en France, les échoppes de 'street food' rassemblent  sur les bancs ou autour de leurs étales une grande partie des classes sociales qui composent une société. 

La France ne compte qu'une seule recette référencée dans le livre de Jean François Mallet, celle de la tartine de laguiole fondu aux herbes. A bien y réfléchir, je ne sais pas où l'on peut trouver ce met qui a l'air cependant exquis. Il faut avouer qu'en France, la 'street food' est relativement peu développé. Le sandwich baguette domine largement les débats rattrapé à grandes enjambées par le kebab. Même chez nos voisins européens, on retrouve des recettes plus emblématiques comme des petites pizzas calzones aux poivrons ou le granité à la fraise en Italie. On peut aussi penser aux cornets de frites ou d'escargots de la place de la Bourse à Bruxelles.
Un coup de cœur tout particulier pour une recette japonaise de joues de thons poêlées et laquées ainsi que le Bortsch et la salade de choux du bord de Mer en Crimée.

Take Away, Jean-François Mallet éd. Aubanel 2009 - 384 pages - 35€

Les sujets des photographies ne sont pas uniquement les plats mais aussi les personnes les confectionnant et les consommant. Cette mise en situation de l'acte alimentaire est d'autant plus une invitation à la découverte. Elle pose aussi la question de la commensalité. La prise alimentaire dans un espace social tel que la rue invite-t-elle à l'échange avec les autres mangeurs ou bien chacun reste-t-il dans son coin comme il pourrait l'être à la table d'un restaurant quelconque. La culture alimentaire française, plus stricte sur les horaires, est aussi réputée plus conviviale. Mais cette convivialité aurait-elle toujours cours si nos hôtes ne se connaissaient ni d’Ève ni d'Adam?

La 'street food' n'a certainement pas vocation à rassembler les gens, elle est le prisme d'une société en faisant apparaître ses différentes facettes et l'élément fédérateur des différentes classes.

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