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mardi 29 mai 2012

Sauté de crevettes façon Murakami

Dans le second tome de son dernier ouvrage, 1Q84, Haruki Murakami nous gratifie d'une recette de sauté de crevettes dans lequel il utilise un produit typique du Japon, des edamamé. L'un des héros du roman, Tengo, alors perdu dans ses pensées fait quelques courses avant de nous préparer ce sauté. Extraits choisis.

" Il achetait des haricots de soja en branche, des edamamé, au supermarché; quand il repensa justement à Aomamé. Alors qu'il était occupé à choisir les haricots, la pensée d'Aomamé revint en lui avec un naturel étonnant. Et puis il resta là, immobile, complètement absorbé dans sa rêverie, une botte d'edamamé à la main. Combien de temps dura cet état, Tengo n'aurait su le dire. "excusez-moi." Une voix de femme le fit revenir à lui. Avec sa haute taille, il barrait le passage au rayon des haricots de soja.
Tengo cessa ses remémorations, il s'excusa auprès de la femme, il déposa sa botte de haricots dans le panier et se dirigea vers la caisse avec d'autres achats, des crevettes, du lait, du tofu, une laitue et des crackers. Puis, au milieu des ménagères, il attendit son tour pour payer. [...]

Alors que Tengo en était à ce stade de ses réflexions, la caissière s'empara de son panier. 

Son sac en papier dans les bras, il rentra chez lui. Puis il se changea, enfila un short, sortit une canette de bière du réfrigérateur, et la but debout. Il mit de l'eau à chauffer dans une grande casserole, et, en attendant qu'elle frémisse, il ébrancha les haricots de soja, puis les saupoudra de sel sur la planche à découper, bien uniformément. Il les plongea ensuite dans l'eau bouillante.[...]
Tengo éminça finement une bonne quantité de gingembre. Puis il coupa du céleri et des champignons en julienne, hacha menu de la coriandre. Il décortiqua les crevettes et les rinça à l'eau du robinet. Il les étala sur du papier absorbant, les ordonna soigneusement , l'une à côté de l'autre, comme une rangée de soldats. Une fois les haricots de soja cuits, il les sortit de la casserole, les mit dans une passoire et les laissa refroidir. Après quoi il mit sur le feu une grosse poêle à frire , y versa de l'huile de sésame blanc qu'il répartit uniformément et y fit revenir le gingembre émincé à feu doux. [...]
Il mit le céleri et les champignons dans la poêle, monta le gaz au maximum et mélangea le tout à l'aide d'une spatule en bambou, en agitant légèrement la poêle. Il assaisonna sa préparation d'un peu de sel et de poivre. Quand les légumes commencèrent à s'attendrir, il ajouta les crevettes égouttées. il remit encore du sel et du poivre puis versa un petit verre de saké. il ajouta rapidement de la sauce soja et enfin parsema le tout de coriandre.
Toutes ces opérations, Tengo les accomplit sans en avoir vraiment conscience. Il ne réfléchissait pratiquement pas à ce qu'il faisait sur le moment, comme un avion manœuvré en "pilotage automatique". Ce n'était de toute façon pas une cuisine complexe. Ses mains s'activaient d'elles-mêmes avec précision, mais ses pensées étaient entièrement tournées vers Aomamé. 
Lorsque les légumes et les crevettes sautés furent cuits, il les transféra dans une grande assiette. il sortit une nouvelle bière du réfrigérateur, s'installa à la table, et commença à manger son plat fumant, complètement absorbé par ses réflexions."


Edamamé (source Wikipedia)
Pour résumer :
  • du gingembre (émincé finement)
  • du céleri et des champignons(en julienne)
  • des edamamé (à cuire préalablement)
  • des crevettes
  • de la coriandre (hachée)
  • de l'huile de sésame blanc (pour faire revenir)
  • du saké (pour déglacer)
  • un peu de sauce soja (pour mouiller et faire réduire) 


1Q84 Livre 2 - Haruki Murakami


éd. Belfond 2011


dimanche 25 mars 2012

Miam Miam dans les oreilles !

Le printemps est de retour avec son corollaire d’éternuements et d'yeux qui piquent, du coup on se replie sur l'ouïe.

Il est bel et bien là le soleil, il n'a pas fait défaut à ce début de printemps et on ne va pas s'en plaindre. Mais comme les anciens savent si bien nous mettre en garde, méfions-nous ! tant que les Saints de Glace ne sont pas passés, nous ne sommes pas à l'abri d'un retour d'une vague de froid, pour reprendre l'une des formules chères aux prédicateurs météo. 

En attendant, on profite de ces rayons de soleil matinaux qui pénètrent l'appartement et on s'écoute un bon Marcel Khalife pour se réveiller en douceur. Musicien originaire du Liban, Marcel Khalife est un maître dans le maniement du oud, instrument de musique à cordes pincés très répandu dans les pays arabes ainsi qu'en Grèce, Turquie et Arménie. La maîtrise de l'oud par Marcel Khalife nous renvoie au songe des contrée du Proche Orient avec une sonorité gourmande et évocatrice de parfums et saveurs.
Une préférence toute particulière pour l'album Taqasim dans lequel il excelle avec à ses côtés le contrebassiste autrichien Peter Herbert. La complémentarité des deux instruments est totale tout au long des trois titres "fleuves" de cette album (20 minutes en moyenne par titre).
Excellent pour les réveils ensoleillés et en douceur !

 En écoute, la première partie du troisième titre de Taqasim par Marcel Khalife

jeudi 1 mars 2012

Miller à Paris

Ce texte est extrait du roman autobiographique Tropique du Cancer d'Henry Miller. Ecrit dans les années '30 lors de son passage à Paris, Tropique du Cancer symbolise la nouvelle vocation du touche-à-tout Miller. Alors âgé de 47 ans, Miller décide de devenir un écrivain du vice. 
Publié à Paris en 1934, sa publication en 1961 aux États Unis causa un immense scandale qui lui valut d'être poursuivi pour obscénité.

Miller dort et travaille dans un appartement qu'il partage avec Elsa et Boris, mais cet appartement doit être prochainement cédé. 

"J'ai dû débrayer pour une heure ou deux. Un autre client pour visiter l'appartement. En haut, ce putain d'Anglais s'exerce à son Bach. Il devient impératif maintenant, quand quelqu'un vient pour visiter l'appartement, de courir en haut et de demander au pianiste de s'arrêter un moment. 
Elsa téléphone à l'épicier. Le plombier installe un nouveau siège au cabinet. Toutes les fois que la sonnette de la porte retentit, Boris perd l'équilibre. Dans son agitation, il a laissé tomber ses lunettes ; il est sur ses mains et ses genoux, sa redingote traîne sur le parquet. C'est un peu comme au Grand Guignol : le poète mourant de faim, venu pour donner des leçons à la fille du boucher. Toutes les fois que le téléphone sonne, la salive coule de la bouche du poète. Mallarmé sonne comme de l'aloyau, Victor Hugo comme du foie de veau. Elsa commande un mignon petit repas pour Boris, "une jolie petite côtelette de porc bien juteuse", dit-elle. Je vois une flopée de jambon rose, étendus glacés sur le marbre, de merveilleux jambons bien pomponnés de graisse blanche. J'ai une faim atroce, bien que nous venions de prendre notre petit déjeuner quelques minutes auparavant - c'est le repas de midi qu'il me faudra sauter ! Ce n'est que le mercredi que je déjeune , grâce à Borowski. Elsa continue de téléphoner - elle avait oubli é de commander un morceau de lard. "Oui, un joli petit morceau de lard, pas trop gras", dit-elle... Zut alors ! Ajoute un peu de riz de veau, ajoute quelques rognons de bœuf, et des moules pourquoi pas ! Ajoute un peu de boudin blanc frit, puisque tu y es  ! Je pourrais gober les quinze cents pièces de Lope de Vega en une seule séance."

jeudi 5 janvier 2012

Street Food

Dans le marasme de l'édition culinaire, on peut encore se féliciter de voir certains ouvrages poindre le bout de leur nez. Une pointe d'originalité en forme d'épouvantails pour ces ribambelles de livre co-écrits par les chefs "en vogue" à propos de leur produit favori, de leur bistrot préféré ou d'eux mêmes... en toute simplicité. 

Jean François Mallet combine dans son ouvrage Take Away, un recueil de photos et une série de recettes de 'street food'. Pari réussi pour un très beau livre qui compte 384 pages et 120 recettes. Jean François redonne ses lettres de noblesse à un type de cuisine que l'on peut avoir tendance à juger péjorativement en France. La 'street food' ne doit pas être confondu avec la 'junk food', qui elle caractérise plus un acte - conscient ou inconscient - du mangeur d'incorporer de façon sporadique des doses alimentaires trop fortes au détriment de son équilibre. La 'street food' est plutôt le reflet d'une société, le reflet d'une manière de manger dans un espace public donné avec les contraintes matérielles que cela suppose. Moins conventionnel que le restaurant tel que nous avons l'habitude de le définir en France, les échoppes de 'street food' rassemblent  sur les bancs ou autour de leurs étales une grande partie des classes sociales qui composent une société. 

La France ne compte qu'une seule recette référencée dans le livre de Jean François Mallet, celle de la tartine de laguiole fondu aux herbes. A bien y réfléchir, je ne sais pas où l'on peut trouver ce met qui a l'air cependant exquis. Il faut avouer qu'en France, la 'street food' est relativement peu développé. Le sandwich baguette domine largement les débats rattrapé à grandes enjambées par le kebab. Même chez nos voisins européens, on retrouve des recettes plus emblématiques comme des petites pizzas calzones aux poivrons ou le granité à la fraise en Italie. On peut aussi penser aux cornets de frites ou d'escargots de la place de la Bourse à Bruxelles.
Un coup de cœur tout particulier pour une recette japonaise de joues de thons poêlées et laquées ainsi que le Bortsch et la salade de choux du bord de Mer en Crimée.

Take Away, Jean-François Mallet éd. Aubanel 2009 - 384 pages - 35€

Les sujets des photographies ne sont pas uniquement les plats mais aussi les personnes les confectionnant et les consommant. Cette mise en situation de l'acte alimentaire est d'autant plus une invitation à la découverte. Elle pose aussi la question de la commensalité. La prise alimentaire dans un espace social tel que la rue invite-t-elle à l'échange avec les autres mangeurs ou bien chacun reste-t-il dans son coin comme il pourrait l'être à la table d'un restaurant quelconque. La culture alimentaire française, plus stricte sur les horaires, est aussi réputée plus conviviale. Mais cette convivialité aurait-elle toujours cours si nos hôtes ne se connaissaient ni d’Ève ni d'Adam?

La 'street food' n'a certainement pas vocation à rassembler les gens, elle est le prisme d'une société en faisant apparaître ses différentes facettes et l'élément fédérateur des différentes classes.